| Décembre 2009 | ||||||||||
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Depuis quelque temps, je me dis que j'ai deux enfants, et que j'en porte un troisième. Mais éternellement. Il n'est pas à venir, il est advenu. Tout est advenu. Et
au lieu de lui imaginer un futur, c'est de sa vie "passée" que je peux rêver.Parfois,je suis en paix. D'autres fois, le manque me mord le coeur.
Je m'étais dit qu'il ne fallait plus sans cesse me dire"Si Hélène étaite encore en vie..." parce que cela , sans doute, m'ôtait toutes mes forces. Je ne le fais pas. Mais il m'arrive souvent
encore de me dire:"je vais en parler à Hélène; je me demande ce qu'elle penserait de cela.."
Et la réalité froide me tombe sur les épaules.
Ce ne sera donc jamais fini
Ce ne sera jamais fini. Comme l'amour ne finit pas.
Mais ce sera en creux, à l'intérieur, à l'intérieur de moi, de nous.
Avant- hier, j'ai tenté une incursion dans la ville où Hélène vivait. Ce n'était pas la première fois, mais c'était aussi difficile. Un moment de "distraction" dans une grande librairie qu'elle
connaissait sans doute mais où je ne l'avais jamais accompagnée; comme chaque fois, je cherchais sa présence, tout en me disant qu'elle n'était plus là: cette ville vide d'elle - panique...
Puis, répit, chance: la joie qu'on éprouve en découvrant un auteur inconnu et qui vous parle. En feuilletant les pages d'un nouvel auteur américain, cette certitude d'être " d'âme à âme", sur la
même longueur d'ondes, dans la même sensibilité à la vie, aux choses...J'ai pensé qu'il y avait des années, j'avais découvert ainsi, par hasard, John Fante que je ne connaissais pas - mais
qu'Hélène avait lu, m'avait- elle précisé plus tard- et je mesouviens du bonheur de lecture qui avait suivi. C'est tellement rare de lire quelqu'un qui semble fait de le même étoffe
que vous , ou qui a l'air d'avoir écrit pour vous - ou pour des gens qui vous ressemblent-
J'ai donc un nouveau talisman et je tourne autour de lui, m'apprivoisant, reportant à un peu plus tard la lecture, de peur que ce soit déjà fini? Je me remémore une situation- celle qui m'a
fait acheter le livre- je rêve autour d'elle, j'attends un peu, dans la certitude que je ne serai pas déçue.
Et puis, cette nuit, j'ai rêvé d'Hélène. Elle était très gaie, dans son appartement à Bxl, elle se préparait à sortir. J'arrosais ses plantes et une petite chatte noire, Ciboulette, la maman de
la chatte Salomé qui vit avec moi, pointait le bout de son museau...
Je me suis éveillée.
Ce n'était pas réel. Ce n'était qu'un rêve.
Pas réel?
Pincement au coeur.
Et voilà: le petit voyage est terminé. Aller: nuit blanche: conversations qui se prolongent, retour: idem.
Là-bas: la beauté. J'envisgeais ce voyage comme une cure de "beau" et ce fut le cas: mosaïques à Ravenne, Venise-la- magnifique: un musée à ciel ouvert, Murano, Torcello, Burano, Vérone,
tant d'histoire et de souvenirs...
Nos élèves étaient émerveillés, disciplinés! joyeux...
Le temps a passé vite, bousculé par les visites, les repas partagés, les flâneries.
Pour moi, sans doute le dernier voyage en compagnie de mes amis et de nos élèves, mais le premier où je retrouve des lieux visités en compagnie d'Hélène, celui aussi où je me dis: " l'an dernier,
à la même époque, elle était encore vivante..."
Je ne m'attendais pas à la difficulté de me retrouver là-bas "après", confiante dans le fait d'être entourée de
personnes que j'aime et qui veilleraient sur moi. Ce qu'elles ont fait.
Pourtant, la bête vous saute à la gorge quand vous baissez la garde. Ainsi, au bord de la mer où nous avions emmené nos élèves pour une dernière promenade avant la nuit: ils couraient dans les
vagues, poussant des cris de joie, et moi, jen'entendais soudain que la voix insistante de la mer, celle où j'étais entrée pour déposer tes cendres, mon enfant chérie.Pas une seconde, je n'avais
songé anticiper, me préparer à l'assaut de ce souvenir...J'ai serré les dents et c'est passé. Mais le lendemain, alors que je prenais des notes devant une restauration d'un tableau de Carpaccio
sur bois de peuplier, panique. Impossible de penser à autre chose que"plus jamais, je ne la verrai, plus jamais je ne la prendrai dans mes bras", l'angoisse était si forte que j'ai dû fuir,
quitter le Palais des doges en retenant mes sanglots, abandonnant nos élèves aux autres professeurs. Je le sais, il ne sert à rien de refouler ces mouvements, mais je suis toujours surprise
quand ils me bousculent.
Il y a eu aussi des moments de sérénité, de reconnaissance devant tant de beauté mais la Venise que j'ai visitée
tant de fois n'était plus pareille: c'était comme si j'avais perdu à jamais toute insouciance. Naturellement. C'était aussi comme si tout était à réapprendre, à refaire pour la première fois "
depuis".. Et toujours, cette présence dans ma pensée.
Cette présence dont je me demande si c'est moi qui la suscite ou si c'est toi, ma chérie, qui vient la visiter? Où es-tu donc ailleurs qu'en moi, en nous, ma chérie?
Je n'ose pas demander aux autres qui m'entourent s'ils éprouvent cela aussi, si Hélène est insérée en eux comme elle l'est en moi, accrochée à chacune de mes pensées, de peur de leur faire de la
peine.
Cette présence constante dans ma pensée, n'est-ce pas ta résurrection, ma chérie?
Ou bien alors, où es-tu?
Tu manques en moi, ta mère, aux 2/3 de sa vie, sans doute, puisqu'il faut bien envisager le pire,et il faudra endurer cette souffrance tout le temps? Ou par intermittences. Mais le
garder en moi comme l'espérance de la petite virgule que tu as été , un jour, dans mn corps, au mois de mai, ma fille, au mois de mai.
Et tout ce qui viendra se placera par rapport à cela. Est-ce moi qui pens e à toi ou toi qui penses en moi? Ne pourrais-je un jour te remettre au monde?
et il faudra supporter
Mon petit carlin va bien: inflammation de la glade salivaire et non pas tumeur comme je le craignais.
Merci d'avoir pensé à nous!
Petite interruption jusqu'à dimanche; Jocaste vous embrasse!
Catastrophe...
Depuis la fin du mois dernier, je m'agite dans tous les sens, travaille non-stop, prends soin des miens( du moins je l'espère) mais Jocaste ne va pas bien- as bien du tout même. Ici, je le dis,
puisque 4 ou 5 personnes seulement le sauront et qu'elles ne doivent pas vivre avec moi...
Tout ça n'a servi à rien: mon chagrin est toujours là, intact, pire même à certains moments. J'ai beau éviter certains sujets de lecture, certains fims, certaines conversations, les rencontres,
bannir les visites...Une sorte de sens supplémentaire clignote au rouge dans ma poitrine. Ce n'est plus jamais la vie comme avant. Plus jamais. Intellectuellement, je peux le concevoir, mais
malgré tout, j'espère que la dimension suppléméntaire de la peine s'engourdira un peu que cette sorte de bureau des pleurs qu'est
devenu mon blog me faciliterait une sorte d'oubli.Niente.
Je ne pardonne rien à ce que la mort nous a fait, je ne me pardonne pas de n'avoir pas été assez forte pour lui interdire d'emporter mon enfant, je ne me pardonne pas de vivre.Même si j'aime ceux
qui sont là, mes très chers, même...
Il y a eu cette horrible tempête et nous sommes rejetés sur le rivage, souffrant par moments le martyre ET CA NE FINIRA JAMAIS.
Mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie si ça ne passe pas?
J'aurais tellement besoin de tendresse, peut-être, je voudrais tant ne plus être, ne plus penser.
Je m'étais juré d' achever un roman entrepris - avant- pour Hélène.
Mon coach , sollicité pour m'y contraindre, a veillé, a exigé. C'est treminé. Depuis 10 jours.
Ca dort dans un tiroir. Il faudrait faire qqchose sans doute, paralysie bien connue...
J'ai planté des fleurs, semé, ça pousse ou ça ne pousse pas.
J'ai besoin que quelqu'un me parle, vraiment. J'ai besoin que quelqu'un me prenne dans ses bras. J'ai besoin d'espérer. Mais espérer QUOI ?
Et je pense à la patience de ceux qui m'entourent, eux qui subissent aussi l'effacement d'Hélène pourquoi on ne se met pas tous à crier: "Reviens, ma chérie, reviens! Sans toi, qu'est-ce qu'un
printemps?
Ils ont besoin de moi. Ils m'aiment sans doute. Moi, je n'ai plus besoin de moi, je me vomis et avec moi les livres que j'ai tant aimés et les fleurs et les oiseaux et les grenouilles.
Ca finira mal si je ne trouve pas vite un kit de survie? Mais est-ce que ça existe?
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