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Mon blog, c'est parce que je déteste le téléphone, je confie rarement ce qui me fait rire, ou m'émerveille, ou me préoccupe. 
En général, je parle pour me cacher derrière ce que je raconte. Là, je vais pouvoir m'éclater et peut-être qu'on me répondra...Et que de bond en bond, la vie s'élargira encore...
Il y a tant de gens, tant de choses que je ne connais pas!
 

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Bonjour

Jocastastrophe, parce que Jocaste ( disent-ils) et  à strophes parce que j'aime la poésie, toute la littérature en fait; parce qu'il m'arrive, dès que j'en ai l'occasion, d'en produire( des strophes, des apostrophes, des catastrophes...)
D'où Jocastastrophe. 
Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 21:09
Mélusine, ma préférée, a rejoint le paradis des chats cet après-midi.
J'ai le coeur glacé.
Par Jocastastrophe
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Samedi 28 novembre 2009 6 28 11 2009 23:37
Dans la nuit et au crépuscule, deux voix amies me parlent avec douceur. Garance, amie de plume, amie de nuit, merci pour votre amitié et ce merveilleux texte d'Anne Philippe que vous avez transcrit pour moi: il me touche, il me parle du désespoir vaincu,de la naissance d'une espérance, de la vie qui revient. Et ce sera déjà un pas en avant, ma chère Anne-du-Sud, de préparer Noël pour les petits enfants. J'y pense et cela m'allège le coeur, comme m'allège le coeur ton message. C'est bien la saison des anges qui s'avance... Vous deux, celui qui capture pour moi les pastels d'un soleil levant sur fond de paysage méditerranéen, celui qui, hier, partageait un repas avec moi où il me semblait me retrouver un peu, réintégrer ma peau. Ensemble, vous desserrez les doigts qui me glacent le coeur, vous me donnez un répit. Ne me quittez pas, mes anges, j'ai besoin de vous et je vous suis tellement reconnaissante d'être là, à me réapprendre la vie... Merci! Jocaste
Par Jocastastrophe
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 11 2009 16:56
Parfois je me dis que ce n'est pas arrivé.
Et que si ça arrivait, je serais folle de chagrin.
Mais c'est arrivé.
La nuit, quand j'ai trop besoin d'elle, Hélène apparaît dans mes rêves.
Cette nuit, elle préparait une fête avec moi - je savais la chance exceptionnelle que j'avais de la revoir et je me consacrais à sa présence avec la plus grande attention. Elle choisissait des jouets pour mes petits-fils et m'annonçait qu'elle allait venir vivre près de notre maison.
J'étais sereine, heureuse, et je prenais conscience de mon bonheur.En même temps, je savais que je rêvais et j'aurais voulu ne jamais m'éveiller.
Par Jocastastrophe
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 11 2009 23:10
Dans cette nuit de novembre douce malgré sa fraîcheur, je guette les pas de ma chatte et j'entends ses pieds légers effleurer les feuilles mortes pour me rejoindre dans le jardin assoupi.Goûtons la grâce de cet instant...
Par Jocastastrophe
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Lundi 12 octobre 2009 1 12 10 2009 22:40
Je m'interdis de me coucher sur la table et de pleurer. Et je me rends compte que depuis la mort d'Hélène, ma vie est devenue une suite d'interdictions et d'efforts pour ne pas plonger dans cet abîme de désespoir qui me guette dès que j'ouvre les yeux.
Alors, j'essaie de trouver des traces de beauté et lorsque cela m'arrive,la journée est bénie en quelque sorte. Comme ce matin où les tourterelles sauvages quer je m'apprêtais à nourrir étaient là, silencieuses, avant que je les aie appelées et marchaient doucement sur la branche du saule.
Une trace de beauté et une trace d'écriture : "nulla dies sine linea"
Est-ce que ça marche?
Par Jocastastrophe
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Mardi 29 septembre 2009 2 29 09 2009 14:06
Me revoici après un long silence.
Pardon s'il a pu inquiéter et merci de m'avoir attendue.
L'été est terminé, l'automne s'installe et je songe que de tout le mois d'août,je n'ai pas profité du jardin. Au mois de septembre non plus. Douleurs dorsales épouvantables.A part pour mes accouchements, je n'avais jamais souffert à ce point. Radiographies, scanners, visites chez le médecin et, entretemps, position allongée( puisque c'était celle qui me faisait le moins souffrir)- diagnostic: déchirure des muscles lombaires...
Hier, pour la première fois, j'ai "tenu" debout presque toute la journée; aujourd'hui, j'ai repris les cours que j'ai faits"assise"- comme mes élèves après tout...
Il ne s'agit pas d'un concours de souffrance mais voilà7 semaines que j'ai mal, j'entame la 8è semaine. Naturellement, je songe à ceux qui souffrent de manière bien plus grave et plus définitive et je me dis qu'au fond, le silence du corps est une bénédiction dont nous ne prenons pas conscience la plupart du temps. J'avais dû affronter une douleur morale lancinante et voilà qu'une souffrance physique inattendue venait me rendre à un état d'impuissance totale: impossible de ramasser un objet, par exemple: j'en pleurais.
A présent, il me semble que j'émerge un peu et ce poids de dépression qui s'était abattu sur moi diminue d'intensité, je me prends à espérer qu'un jour, ce sera" comme avant".
Non pas pour tout: régulièrement l'absence d'Hélène me perce le coeur mais de ne pouvoir agir est terrible.Incapable de faire autre chose que lire, dormir, sommeiller, s'attrister, se désespérer...Quelles semaines! Quelle punition d'être condamnée au repos! Voir tout ce qu'il y a à faire et être incapable de bouger...Dépendre des autres et ronger son frein.
J'ai toujours mal.- peut-être que cela ne finira pas-et tout à coup je me rends compte que je suis en train de faire la même démarche sur le plan physique et sur le plan moral: avancer à petits pas prudents, hésitants; je prends conscience de ma fragilité et il faudra "faire avec"...
Misère!
Par Jocastastrophe
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Lundi 17 août 2009 1 17 08 2009 15:56

Dans  le livre de Virginia Woolf, Mrs Dalloway, à part Clarissa, il y a un autre personnage très intéressant: Septimus, un combattant revenu complètement traumatisé de la guerre où son ami a sauté sur une mine, juste à côté de lui...
J'ai souvent pensé à ce personnage ces dernières semaines.
Depuis le premier anniversaire de la mort de ma fille aînée, je me traîne. Il me semblait que le cycle de la première année terminé, tout serait peut-être un peu plus supportable parce que tous les  moments de fêtes, d'anniversaires où Hélène était parmi nous auraient vécus une fois sans sa présence, je me serais "habituée" comme on me le dit parfois...
Je ne me suis pas habituée, je ne m'habituerai jamais, je refuse de m'habituer.
 Depuis le 7 juillet, je n'ai plus écrit une ligne: qui cela pouvait-il intéresser?. .. Pensée fausse et injuste puisqu'ici même tant de voix m'ont portée, se sont inquiétées de moi.Mais la dépression s'est abattue  me couvrant d'un voile  opaque. Je me suis traînée au long des jours, lisant sans répit, dormant plus que nécessaire, broyant du noir.Ne communiquant pas -ou le minimum possible.
Pendant les visites des enfants ou des petits, je naviguais à vue. Ai-je réussi à tromper quelqu'un? Je ne sais. Aucune envie de sortir; j'ai vécu ce bel été, portes ouvertes sur le jardin mais rideaux tirés. Je ne regrette rien. Rien ne m'a manqué. J'ai fait semblant.
Et puis, un jour, pendant le raz-de-marée de la souffrance , j'ai soudain pensé à Septimus, absent aux fleurs, au soleil, à la beauté du monde. Septimus qui s'effondrait lors de ces vagues de souvenir qui le terrassaient, revoyant sans cesse , et sans avertissement, son ami sauter sur une mine. Cela a été écrit, donc vécu, éprouvé. Cela arrive sans doute tous les jours à d'autres que moi. Comment font-ils?
Dernièrement, un ami, qui a vécu il y a longtemps la perte brutale de son frère, me disait:"La vie reprendra ses droits"- quels droits? Et je m'efforce d'être lucide, honnête: est-ce cela, le fait que je m'inquiète d'une tourterelle chaque matin?Est-ce cela, la voix des autres qui me demandent ma présence et qui commence soudain à m'atteindre? Est-ce cela, l'oubli qui me vient lorsque mes petits- enfants sont ici? Lorsque ma plus jeune fille prend du temps pour moi et montre un courage fou? Lorsque mon fils  me parle et ne se dérobe à aucune de ses obligations? En écrivant ces phrases, j'ai honte de ma faiblesse. J'essaie de progresser chaque jour mais je fais si peu...Réellement. Je m'arrange pour tuer le temps, anesthésier le jour et qu'il passe. Et après lui, un autre et un autre. Qu'ils m'ensevelissent et qu'on n'en parle plus. J'ai honte. De ne pas être devenue folle comme Septimus mais d'être cela: celle qui n'a pas su mourir mais qui ne sait pas vivre." quand la première année sera passée, tout sera plus simple", me disait le psychiatre consulté après la mor§t d'Hélène. Qu'est-ce qu'il en savait?
Ce n'est pas vrai du tout. Quand prendra fin cet accès de misanthropie qui me fait fuir les autres?
Hier, c'était une journée importante: celle du baptême de Lucien, mon dernier petit-fils.
Une très belle journée. Tout s'est bien passé et j'étais là, posée à côté des autres, dans un jardin  harmonieux. Je m'étais fait belle- essayé de...Personne ne l'a remarqué. J'étais transparente, quasi muette, ,juste polie. Les enfants jouaient, la famille bavardait autour d'une table élégante. Je regardais mes enfants et il en manquait une... J'étais une grand-mère comblée ...et j'avais envie de pleurer.
J'ai honte.
Par Jocastastrophe
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 07 2009 13:01

Depuis quelque temps, je me dis que j'ai deux enfants, et que j'en porte un troisième. Mais éternellement. Il n'est pas à venir, il est advenu. Tout est advenu. Et au lieu de lui imaginer un futur, c'est de sa vie  "passée" que je peux rêver.Parfois,je suis en paix. D'autres fois, le manque me mord le coeur.
Je m'étais dit qu'il ne fallait plus sans cesse me dire"Si Hélène étaite encore en vie..." parce que cela , sans doute, m'ôtait toutes mes forces. Je ne le fais pas. Mais il m'arrive souvent encore de me dire:"je vais en parler à Hélène; je me demande ce qu'elle penserait de cela.."
Et la réalité froide me tombe sur les épaules.
Ce ne sera donc jamais fini
Ce ne sera jamais fini. Comme l'amour ne finit pas.
Mais ce sera en creux, à l'intérieur, à l'intérieur de moi, de nous.
Avant- hier, j'ai tenté une incursion dans la ville où Hélène vivait. Ce n'était pas la première fois, mais c'était aussi difficile. Un moment de "distraction" dans une grande librairie qu'elle connaissait sans doute mais où je ne l'avais jamais accompagnée; comme chaque fois, je cherchais sa présence, tout en me disant qu'elle n'était plus là: cette ville vide d'elle - panique...
Puis, répit, chance: la joie qu'on éprouve en découvrant un auteur inconnu et qui vous parle. En feuilletant les pages d'un nouvel auteur américain, cette certitude d'être " d'âme à âme", sur la même longueur d'ondes, dans la même sensibilité à la vie, aux choses...J'ai pensé qu'il y avait des années, j'avais découvert ainsi, par hasard, John Fante que je ne connaissais pas - mais qu'Hélène avait lu, m'avait- elle précisé plus tard- et je mesouviens du bonheur de lecture qui avait suivi. C'est  tellement rare de lire quelqu'un qui semble fait de le même étoffe que vous , ou qui a l'air d'avoir écrit pour vous - ou  pour des gens qui vous ressemblent-
J'ai donc un nouveau talisman et je tourne autour de lui, m'apprivoisant, reportant à un peu plus tard la  lecture, de peur que ce soit déjà fini? Je me remémore une situation- celle qui m'a fait acheter le livre- je rêve autour d'elle, j'attends un peu, dans la certitude que je ne serai pas déçue.
Et puis, cette nuit, j'ai rêvé d'Hélène. Elle était très gaie, dans son appartement à Bxl, elle se préparait à sortir. J'arrosais ses plantes et une petite chatte noire, Ciboulette, la maman de la chatte Salomé qui vit avec moi, pointait le bout de son museau...
Je me suis éveillée.
Ce n'était pas réel. Ce n'était qu'un rêve.
Pas réel?
Pincement au coeur.

Par Jocastastrophe
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Lundi 29 juin 2009 1 29 06 2009 15:13
" L'espoir est un costume de plumes" ( Emilie Dickinson)

Un an. La boucle est bouclée. Je t'aime plus que jamais sans doute.
J'en ai fini avec la peur de te perdre encore: tu es enkystée en moi, mon enfant, incrustée et chaque geste, chaque pensée est doublée par ta présence, comme une fine soie à l'intérieur d'un manteau.

Je suis fatiguée, ma belle. Avant un petit café, un peu de lecture:" Boutès" de Pascal Quignard. (Quand il s'approcha avec Ulysse de l'île légendaire  sur les rives de laquelle les marins périssaient, attirés par le chant des oiseaux,  quand Ulysse se faisait attacher au mât de son navire, seul Boutès sauta.)

Une coccinelle qui s'était sans doute logée dans mes cheveux se promène maintenant sur mon oreiller. Je la saisis délicatement, elle escalade l'index, le majeur, s'immobilise, lustre ses pattes de soie, soulève un peu les ailes et prend ses aises. Je vois deux petites taches blanches à la place des yeux. Nous nous regardons...

L'espoir est un costume de plumes...Il peut donc prendre son envol.
Je me dis que tu me manqueras, tu nous manqueras toujours autant mais que peut-être il faut en finir avec cette pensée qui absorbe toute mon énergie:
"Si seulement tu étais encore en vie..."
Par Jocastastrophe
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Lundi 22 juin 2009 1 22 06 2009 12:28
Dernière entrée: 18 mai...
Je n'ai pas hiberné.Mais la perspective du premier anniversaire de la mort d'Hélène m'a paralysée peu à peu.
J'avais anticipé, pourtant : agenda bourré, plein de résolutions, les dents serrées.
J'ai donc beaucoup travaillé.Dans un premier temps.Puis, j'ai tout annulé. Une sorte de paralysie étrange...Je m'efforçais de ne pas penser à la date fatidique, mais c'était comme si mon corps s'en souvenait tout seul: tout remontait à la surface, comme si aucun chemin depuis n'avait été parcouru.Les autres, avant même d'ouvrir la bouche m'insupportaient.
Chaque jour, je me disais"Je suis gentille. Je suis gentille. Je devrais être gentille."
Je voyais le chagrin des autres et me répétais qu'il fallait réagir, remonter la pente, retrouver l'état de sérénité relative qui avait été le mien, juste avant...
Puis, je me suis dit qu'à chaque jour suffisait sa peine et qu'il fallait l'affronter.Et j'ai combattu, ou plutôt j'ai cessé de me raidir, j'ai envisagé à nouveau, les lames de chagrin comme des contractions d'accouchement. Douleur aigüe, pause, douleur, pause.
Autour de moi, la vie continue, comme si rien ne s'était passé. Mais je sais que c'est faux. Il s'est passé quelque chose d'atroce dans notre vie et tout à coup, je me rends compte que personne n'échappe à la douleur: qu'elle soit venue ou à venir. Tous les êtres que je croise portent en eux une blessure et le temps passe, indifférent.
J'ai découvert aussi la présence bouleversante de quelques amis proches: elle me redonne espoir: je n'en suis pas morte. Je n'en mourrai pas. Je te garderai greffée en moi, mon enfant perdue, ma chérie qui me manque tant.
Par Jocastastrophe
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Lundi 18 mai 2009 1 18 05 2009 15:37

Et voilà: le petit voyage est terminé. Aller: nuit blanche: conversations  qui se prolongent, retour: idem. Là-bas: la beauté. J'envisgeais ce voyage comme une cure de "beau" et ce fut le cas: mosaïques à Ravenne, Venise-la- magnifique: un musée à ciel ouvert,  Murano, Torcello, Burano, Vérone, tant d'histoire et de souvenirs...
Nos élèves étaient émerveillés, disciplinés! joyeux...
Le temps a passé vite, bousculé par les visites, les repas partagés, les flâneries.
Pour moi, sans doute le dernier voyage en compagnie de mes amis et de nos élèves, mais le premier où je retrouve des lieux visités en compagnie d'Hélène, celui aussi où je me dis: " l'an dernier, à la même époque, elle était encore vivante..."

Je ne m'attendais pas à la difficulté de me retrouver là-bas "après", confiante dans le fait d'être entourée de personnes que j'aime et qui veilleraient sur moi. Ce qu'elles ont fait.
Pourtant, la bête vous saute à la gorge quand vous baissez la garde. Ainsi, au bord de la mer où nous avions emmené nos élèves pour une dernière promenade avant la nuit: ils couraient dans les vagues, poussant des cris de joie, et moi, jen'entendais soudain que la voix insistante de la mer, celle où j'étais entrée pour déposer tes cendres, mon enfant chérie.Pas une seconde, je n'avais songé anticiper, me préparer à l'assaut de ce souvenir...J'ai serré les dents et c'est passé. Mais le lendemain, alors que je prenais des notes devant une restauration d'un tableau de Carpaccio sur bois de peuplier, panique. Impossible de penser à autre chose que"plus jamais, je ne la verrai, plus jamais je ne la prendrai dans mes bras", l'angoisse était si forte que j'ai dû fuir, quitter le Palais des doges  en retenant mes sanglots, abandonnant nos élèves aux autres professeurs. Je le sais, il ne sert à rien de refouler ces mouvements, mais je suis toujours surprise quand ils me  bousculent.

Il y a eu aussi des moments de sérénité, de reconnaissance devant tant de beauté mais la Venise que j'ai visitée tant de fois n'était plus pareille: c'était comme si j'avais perdu à jamais toute insouciance. Naturellement. C'était aussi comme si tout était à réapprendre, à refaire pour la première fois " depuis".. Et toujours, cette présence dans ma pensée.
Cette présence dont je me demande si c'est moi qui la suscite ou si c'est toi, ma chérie, qui vient la visiter? Où es-tu donc ailleurs qu'en moi, en nous, ma chérie?
Je n'ose pas demander aux autres qui m'entourent s'ils éprouvent cela aussi, si Hélène est insérée en eux comme elle l'est en moi, accrochée à chacune de mes pensées, de peur de leur faire de la peine.
Cette présence constante dans ma pensée, n'est-ce pas ta résurrection, ma chérie?
Ou bien alors, où es-tu?
Tu manques  en moi, ta mère, aux 2/3 de sa vie, sans doute, puisqu'il faut bien envisager le pire,et il faudra endurer cette souffrance tout le temps? Ou par intermittences. Mais le garder en moi comme l'espérance de la petite virgule que tu as été , un jour, dans mn corps, au mois de mai, ma fille, au mois de mai.

Et tout ce qui viendra se placera par rapport à cela. Est-ce moi qui pens e à toi ou toi qui penses en moi? Ne pourrais-je un jour te remettre au monde?


et il faudra supporter



Par Jocastastrophe
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Lundi 11 mai 2009 1 11 05 2009 16:44



Mon petit carlin va bien: inflammation de la glade salivaire et non pas tumeur comme je le craignais.
Merci d'avoir pensé à nous!
Petite interruption jusqu'à dimanche; Jocaste vous embrasse!

Par Jocastastrophe
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Samedi 2 mai 2009 6 02 05 2009 13:16
Souvenir d'études, ce conseil d'un Ancien:"Festina lente", hâte -toi lentement...
On dirait que pour ce qui est de la lenteur, je m'applique., involontairement.
Inexplicable( mais est-ce bien certain?), deux semaines de paralysie: ce qui devait être fait l'a été, mais un minimum vital...Plus envie de rien, que dormir, oublier...Et ce n'est pas possible.Pourtant, quelque chose de neuf- sans doute sorti de cette léthargie mélancolique: l'envie de secouer tout, de reprendre la vie là où elle a été tranchée, la pensée aussi qu'il y a un avenir encore, même pour moi.
J e veux me reconstruire, simplement, je ne sais pas par quel bout commencer ni si j'en aurai la force. Tout me fait peur. Peur  d'avoir éprouvé que nos amours sont éphémères et en tout cas menacées à plus ou moins longue échéance par la mort, cette saloperie.
Souvent, je ne peux m'empêcher d'avoir peur de perdre encore ceux que j'aime et c'est la panique. Comment sortir de ça? Il faut du temps? Combien de temps? Si longtemps?
Et voilà qu'au moment où je me risque à respirer sans scaphandre, le chien - refuge pleure: sous le maxillaire, une boule de la grosseur d'une balle de ping-pong! Vété, analyses en cours, soins. Lui aussi, la charognarde va me le prendre? Je ne le supporterai pas.
Et il faut attendre vendredi pour le résultat des prélèvements...
Je sais, au moment où j'écris cela, des parents attendent des résultats pour leurs enfants,  des êtres humains sont menacés, je n'ai sans doute pas le droit d'éprouver ce que j'éprouve à la mesure de toutes les douleurs humaines mais je l'éprouve et j'ai peur. Tellement peur que je n'arrive pas à me raisonner, ou alors, quelques minutes et la panique repart. Mon Dieu, que cette semaine passe vite! Je peux la remplir à ras-bord, mais comment juguler la peur? Ca, sur le deuil d'un enfant. Mais est-ce que le vent va enfin tourner ou bien il n'y a plus de lieu où vivre en paix? Où s'est dissout mon  petit courage?
A l'aide!
Par Jocastastrophe
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Vendredi 17 avril 2009 5 17 04 2009 12:06
En relisant vos commentaires, c'est bête à dire, mais je "sens" pour la première fois depuis longtemps que je suis aimée. Le savoir, je le savais, mais vos mots , s'ils atteignaient ma conscience, n'ouvraient pas mon coeur. C'est ce qui s'est produit avec "Ta geule , le chagrin!"
Hélène ne reviendra pas, les saisons continueront de se dérouler sans elle et les fêtes et les anniversaires, et ses anniversaires...Ca fait mal. C'est ainsi.
Mais en vous lisant, pour la première fois( pardon pour mon égoïsme), je me glisse dans votre peau, face à celle qui pleure et ne s'en sort pas et tout à coup , je pense que ce n'est pas celle-là que je veux être pour toi, ma fille chérie qui s'affuble de l'expression " l'autre fille", pour toi, Sola, ma nécessaire, qui souffre aussi de me voir souffrir, pour celles que le hasard conduit à mes messages et qui essaient de me montrer la lumière, sans jamais rien recevoir de moi.
Et je me rends compte d'une chose: à en croire les psychanalystes, il faut trois ans pour un deuil - les mêmes disaient déjà que l'amour dure trois ans( si on le laisse évoluer sans rien faire, je suppose), alors, je n'accepte pas de me couler dans un protocole qui suivra son cours, je lâche prise. Le chagrin, je l'aurai toujours - il s'atténuera. J'ouvre les mains, je le lâche, je ne m'y cramponne plus comme si je craignais de n'être plus fidèle...En pensant à toi, fille chérie, je m'imagine ce que j'aurais éprouvé si mes parents avaient pleuré ma soeur ainsi- j'ai déjà tellement souffert de leur préférence à son égard- et si, toi, Sola, tu ne me parlais jamais que d'un amour mort? Comment réagirais-je?
Pardon de vous avoir effrayées, découragées, déstabilisées.Attendez-moi, un tout petit peu, je cours pour vous rejoindre sur le chemin de la vie où il y a des rires et des baisers, j'arrive! J'arrive!
Par Jocastastrophe
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Mercredi 15 avril 2009 3 15 04 2009 13:12

Catastrophe...
Depuis la fin du mois dernier, je m'agite dans tous les sens, travaille non-stop, prends soin des miens( du moins je l'espère) mais Jocaste ne va pas bien- as bien du tout même. Ici, je le dis, puisque 4 ou 5 personnes seulement le sauront et qu'elles ne doivent pas vivre avec moi...
Tout ça n'a servi à rien: mon chagrin est toujours là, intact, pire même à certains moments. J'ai beau éviter certains sujets de lecture, certains fims, certaines conversations, les rencontres, bannir les visites...Une sorte de sens supplémentaire clignote au rouge dans ma poitrine. Ce n'est plus jamais la vie comme avant. Plus jamais. Intellectuellement, je peux le concevoir, mais malgré tout, j'espère que la dimension suppléméntaire de la peine s'engourdira un peu que cette sorte  de bureau des pleurs qu'est
devenu  mon blog                   me faciliterait une sorte d'oubli.Niente. Je ne pardonne rien à ce que la mort nous a fait, je ne me pardonne pas de n'avoir pas été assez forte pour lui interdire d'emporter mon enfant, je ne me pardonne pas de vivre.Même si j'aime ceux qui sont là, mes très chers, même...

Il y a eu cette horrible tempête et nous sommes rejetés sur le rivage, souffrant par moments le martyre ET CA NE FINIRA JAMAIS.

Mais qu'est-ce que je vais faire de ma vie  si ça ne passe pas?
J'aurais tellement besoin de tendresse, peut-être, je voudrais tant ne plus être, ne plus penser.
Je m'étais juré d' achever un roman entrepris - avant- pour Hélène.
Mon coach , sollicité pour m'y contraindre, a veillé, a exigé. C'est treminé. Depuis 10 jours.
Ca dort dans un tiroir. Il faudrait faire qqchose sans doute, paralysie bien connue...

J'ai planté des fleurs, semé, ça pousse ou ça ne pousse pas.
J'ai besoin que quelqu'un me parle, vraiment. J'ai besoin que quelqu'un me prenne dans ses bras. J'ai besoin d'espérer. Mais espérer QUOI ?
Et je pense à la patience de ceux qui m'entourent, eux qui subissent aussi l'effacement d'Hélène pourquoi on ne se met pas tous à crier: "Reviens, ma chérie, reviens! Sans toi, qu'est-ce qu'un printemps?

Ils ont besoin de moi. Ils m'aiment sans doute. Moi, je n'ai plus besoin de moi, je me vomis et avec moi les livres que j'ai tant aimés et les fleurs et les oiseaux et les grenouilles.
Ca finira mal si je ne trouve pas vite un kit de survie? Mais est-ce que ça existe?

Par Jocastastrophe
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Qui?

Femme à mes heures, maman, mamy, professeur, jardinière, pas tellement cuisinière, pilier de cinéma, tête de linotte, insomniaque les nuits de peine lune, curieuse, boudeuse - pas souvent - folle de musique baroque et de tango, possède un seul disque de jazz  offert par Oedipechéri - tiens, tiens, que j'écoute en boucle chaque fois que je conduis ma voiture ou que je me lance dans mes grands rangements: ma vie est si remplie, je veux vivre tant de choses que c'est le Bronx, régulièrement, dans une pièce de la maison.
Devinez laquelle?
L'enregistrement de jazz, c'est la musique originale du film de Louis Malle "Ascenseur pour l'échafaud": du tout grand Miles Davis.

La phrase

"S'éveiller à l'aube, et aussi s'éveiller la nuit, c'est toujours émouvant."
                                    Sei Shônagon, Notes de chevet

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