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Mon blog, c'est parce que je déteste le téléphone, je confie rarement ce qui me fait rire, ou m'émerveille, ou me préoccupe. 
En général, je parle pour me cacher derrière ce que je raconte. Là, je vais pouvoir m'éclater et peut-être qu'on me répondra...Et que de bond en bond, la vie s'élargira encore...
Il y a tant de gens, tant de choses que je ne connais pas!
 

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Bonjour

Jocastastrophe, parce que Jocaste ( disent-ils) et  à strophes parce que j'aime la poésie, toute la littérature en fait; parce qu'il m'arrive, dès que j'en ai l'occasion, d'en produire( des strophes, des apostrophes, des catastrophes...)
D'où Jocastastrophe. 
Jeudi 10 mars 2011 4 10 /03 /Mars /2011 01:58

 Ma chère Anne,

 Je ne devrais pas vous écrire ceci sous peine de ressembler à une vaniteuse que je ne suis pas mais qui s'inquiète de savoir si vous avez reçu mon exemplaire de "Kosaburo, 1945".../Il y a eu ici tant de remous autour de la poste et des postiers que je me demande si le livre ne s'est pas égaré finalement. Dans ce cas, dites-le moi simplement, ma chère amie, je me ferai un plaisir de vous en réexpédier un.J'aimerais tellement partager avec vous cette re-création!

Je vous embrasse  en souhaitant le meilleur pour vous, ma belle,

Nicole

Par Jocastastrophe
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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 10:31

Ma chère Anne,

 

Pardon de vous avoir inquiétée; vous avez raison: deux mois, c'est très long.

Pour la période du 6 décembre à la fin de janvier, j'ai traversé un désert de neige , de chagrin, de fatigue.
La période des "Fêtes" a toujours été difficile pour moi mais sans Hélène et en dépit du soin que je mets à accueillir mes enfants et les leurs, un chagrin sourd pesait sur mon coeur. En plus, je redoutais la date anniversaire de la naissance d'Hélène, le 13 janvier. je n'arrivais pas à recouvrer une sérénité autre que de surface - pour ceux que j'aime aussi.

J'ai décidé de m'atteler à la saisie de mon deuxième livre pour m'occuper l'esprit de façon absolue. Et j'ai travaillé beaucoup, six semaines d'affilée. Pour ce qui n'était pas l'écriture du livre, je naviguais à vue...Résultat: le livre a bien pris forme mais je suis arrivée épuisée au moment de l'anniversaire de notre fille . Ce fut un jour de désespoir. Des amis nous ont invité le lendemain pour nous aider à franchir ce cap et peu à peu, les choses ont changé.

Puis, je suis allée à Paris pour rencontrer mon éditrice au moment de la sortie de "Kosaburo, 1945".

Vous l'avez peut-être lu: il y a eu un très bel article dans le Figaro littéraire jeudi dernier.

Je n'oublie pas, ma chère Anne qu'un exemplaire vous est particulièrement destiné; il faudra un tout petit peu de patience encore: les postiers belges ont décidé de partir en grève générale après -demain et je veux que mon livre vous parvienne.

Si je n'ai pas tenu ce blog pendant de longues semaines, cela ne m'a pas empêchée de penser souvent à vous, ma chère Anne.

J'aurai une semaine mouvementée dès lundi prochain car c'est la Foire du Livre et j'ai quelques prestations à assurer. Je les ferai de mon mieux: vous le savez, pour m'avoir toujours accompagnée: ce livre est le lieu où Hélène existe, dans toute sa lumière, comme dans chacune des phrases que j'écris désormais: c'est notre territoire définitif.

Et je crois que, hors l'écriture, il n'y a pas de salut pour moi, pas de répit: le chagrin est sans fin: je suis un ventre déserté pour un tiers:cela saigne, toujours.

Je regarde les perce-neige qui pointent le bout de leur joli nez dans le jardin et je me demande si Hélène , où qu'elle soit, les voit. Dites-moi qu'elle peut les voir?

Je vous embrasse, ma bien chère. A bientôt

Jocaste

Par Jocastastrophe
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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 10:06

J'ai beau savoir(et me désoler) que ce temps de neige et de froid est aussi un temps de souffrance pour de nombreuses personnes, j'aime la neige.

Elle poudroie en ce moment et, de ma fenêtre, je vois le manège des oiseaux que j'ai nourris ce matin, j'entends leur pépiement, je me sens moins seule.

Seule, je le suis rarement: je sais qu'il vaut mieux pour moi m'entourer mais à l'intérieur...Et justement, à l'intérieur, mais je n'ose y croire tout à fait, une présence se dessine, comme un embryon qui pousse au dehors des bourgeons de mains, de pieds, quelque chose, quelqu'un qui remue doucement. C'est ça: c'est fou - comme si j'étais enceinte d'Hélène qui ,enfin, m'aurait, m'a? rejointe. Depuis quelque temps, je me suis remise à  l'écriture d'un livre et le miracle se reproduit: Hélène est là, avec moi. Je sais que Freud a parlé à propos de ce phénomène de"puissance hallucinatoire du désir"- mais c'est Freud. Il y a longtemps. Et il devait théoriser. Ce qui me frappe, c'est que cette perception de présence dure- voilà deux ans et six mois que j'ai embrassé Hélène pour la dernière fois - de manière physique- et cependant...

Le chagrin est là, souvent, mais cette présence devient plus forte et me rend presque heureuse. Il neige. Le jour où, dans le secret de mon corps, je sentais qu'Hélène se préparait à naître, il neigeait, pour la première fois de l'année. C'était l'après-midi. Je me souviens que je contemplais la neige, les flocons duveteux, je savais, je ne disais rien à personne. Nous savions, elle et moi. En écrivant cela, j'ai le coeur plein d'amour pour elle. Elle est née dans la nuit.

Pour moi, la neige murmure des secrets et des espérances. S'il pouvait neiger toujours et que nous restions ensemble, mon amour de fille et moi...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Jocastastrophe
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Jeudi 18 novembre 2010 4 18 /11 /Nov /2010 13:13

  Pauvre petite maman toute cassée, versant infiniment des larmes sur sa petite fille perdue, pauvre maman que je vois vaciller et dont la peine me broie le coeur.

Quelle réponse peut-il y avoir dans le vif du chagrin? Même en priant, on se révolte et on se dissout dans la souffrance.
Mais s'il y avait un moyen de transformer cette lourde séparation en présence? Si au plus vif des larmes, on reprenait les choses par un autre bout? Elle n'est plus sous vos yeux, la petite Perrine, rieuse et enjouée, elle ne peut plus vous montrer son amour comme avant. mais vous, vous pouvez l'aimer encore plus follement, au point de la re-concevoir, de la porter en vous dans une longue grossesse connue de vous seule, passant de la maternité du corps et du coeur à celle de l'âme, retissant patiemment non plus une oreille ou une bouche mais une présence intérieure vivante, irradiante, une plénitude dans le mystère de ce qui nous dépasse. Patience, petite maman, c'est Perrine qui vous attend à un autre rendez-vous. Un jour, vous serez prête et elle vous habitera enfin dans la paix. Courage, petite maman, vous la réenfanterez comme une flamme, une force. J'y crois de toute mon âme.

 

Oui, c'est moi qui ai écrit ça. Il y a bien longtemps, ne me doutant pas qu'un jour effroyable, la même chose m'arriverait. Et je mesure la distance entre c e qu'on peut dire, le croyant vraiment, et ce qui arrive quand le malheur nous concerne. J'aurai mis deux ans et cinq mois avant de commencer à vivre ce que je recommandais de faire à cette maman. Et je ne puis échapper aux sombres dimanches opù le désespoir m'écrase. Comme je ne peux échapper chaque matin à cette résolution de vivre qu'il faut reprendre depuis la mort d'Hélène.

 Retrouver ce brouillon de lettre me touche dans ce que j'ai de plus fragile. Si j'avais su alors...

Par Jocastastrophe
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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 12:19

Depuis quelques jours, j'ai entrepris une tâche"colossale": ranger mon bureau...Et j'identifie, je classe, je jette.
Parfois, glissé entre deux feuilles, le chagrin me saute à la figure: ici, un petit mot de la belle écriture d'Hélène, là une photo prise lors d'une visite à la Biennale de Venise où nous rendions parfois, Hélène et moi.

Hier, assaut d'importance: de petits mots d'Hélène glissés dans un cahier, avec l'insouciance de qui ne sait pas encore que tout est vraiment éphémère, même ceux que nous aimons, surtout ceux que nous aimons. Et une très jolie carte: un chat roux couché sur une dizaine de coussins colorés...je me souvenais de cette carte mais pas de ce qui y était écrit, encore moins de son auteur.
Au verso  de la carte, une écriture connue et aimée : celle de mon amie  Anne, rencontrée à l'Université, devenue mon intime, ma soeur et toute l'importance de cette relation que la mort a interrompue il y a 10 ans me ressaisit: Anne me parlait d'un concert, me disait "la vie est belle mais elle est plus belle avec toi que sans toi"...Et moi, présomptueuse, j'avais cru que nous nous accompagnerions toujours, moi bien vieille et elle un peu plus jeune, souriant à nos amours et chagrins d'antan, riches de tout cela, sereines. Erreur que j'ai commise une deuxième fois avec ma fille  chérie- comme si j'étais tout à fait incapable de comprendre cette terrible leçon. J'ai arrêté là mon rangement, pour un jour ou deux, le temps de me "remettre", le temps aussi de me préparer à ce genre de découvertes.

Et portant, je me disais ce matin que j'avais été riche de cette amie, de cette enfant, que si je parvenais à me rappeler ces trésors et à les revivifier, je marcherais escortée de bonheurs, mais ce chagrin de n'avoir pu les retenir, de ne pouvoir plus les entendre, les croire "définitives", présentes pour toujours, jusqu'au moment où moi, je m'effacerais...

Par Jocastastrophe
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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 14:35

Deux mois et deux jours...passés comme un long chemin à travers la forêt des songes et des tourments, sans mot dire à personne puisque tout a été dit sur le chagrin et l'absence. Tout? Non. Rien n'est jamais dit tout à fait. rien n'est jamais fini.

Dans mon silence, deux combats: accompagner une amie qui lutte contre un cancer; écrire, écrire, écrire  un autre roman pour "réembryonner" Hélène, qui, sans cela, me demeure inaccessible: impossible encore de regarder des photos d'elle, impossible de ne pas crier intérieurement quand les jours s'écoulent, que les autres vivent"normalement" et qu'elle est toujours là, la blessure ouverte, tellement sensible à la moindre sollicitation, au moindre souvenir...

J'ai donc écrit- avec plus d'acharnement que jamais, tentant de donner une forme à des choses que j'aurais voulu partager avec mon enfant en-allée, écrivant de manière d'autant plus soutenue que le chagrin se faisait plus puissant. Et pourtant, j'ouvrais les bras: à mes enfants, à mes petits-enfants, à cette amie qui luttait si courageusement. Mais le coeur restait percé, en silence la plupart du temps,  qui peut endurer une plainte sans fin?

Mon ami psychiatre, par profession. Sans fléchir. Reconnaissant l'ampleur de la peine et oeuvrant à ouvrir sans cesse une porte sur le bonheur de vivre quand même, sur la vue d'un oiseau qui passe et efface tout le reste un instant, mais cet instant compte: ajouté à d'autres, il tisse la toile de la vie: un rang de chagrin, un rang d'étonnement heureux, un rang de lassitude, un rang d'espoir...

L'espoir vient d'avoir sa récompense: l'amie est sortie victorieuse de ce terrible combat et mes pages ont dessiné un paysage où s'inscrivent la peine et le bonheur d'exister.

Seront-elles un livre un jour? Je l'espère  car il y a en elles une respiration du monde que je voudrais partager...

Ces trois jours derniers, j'ai reçu énormément: dans la rencontre d'une jeune femme dont j'aurais pu être la mère mais qui me parle comme si j'étais sa soeur, qui me rejoint là, dans ce lieu seul où je respire encore, dans l'espace des mots. D'elle et de ce qui s'est dit alors, je garde une provision de forces pour les jours froids à venir; ensemble nous mettons au jour le premier livre écrit dans la présence invisible d'Hélène: il sera et ma fille sera en lui, vivante autrement mais VIVANTE.

Comme la peine, un bonheur ne vient jamais seul: hier, déjeuner avec ma chère convalescente, aujourd'hui, l'inespéré: le mot d'Anne du Sud dont je croyais être oubliée et qui me rappelle. Son inquiétude avait bien raison: mon silence est toujours de mauvais augure: quand ça va mal, si je ne crie pas , je me tais. J'aurais tendance à me taire de plus en plus et voilà que sur une simple phrase amie, mon silence se déchire: pour elle, pour elles, mes deux ou trois lectrices, soeurs en humanité, amies même quand les vents sont contraires. Merci à vous, mes fidèles, mes anges, merci à vous. Votre présence me garde du désespoir.

Par Jocastastrophe
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Jeudi 29 juillet 2010 4 29 /07 /Juil /2010 12:08

 

Ces quinze jours-ci, j'ai perdu le cap.

Roméo, mon carlin, a été malade et, comme il venait d'être opéré d'une tumeur, j'ai cru ses derniers jours arrivés...
Ce n'est qu'un chien. Certes. Mais c'est Mon chien: tendre et fidèle compagnon auquel sans doute je me suis accrochée depuis la mort d'Hélène. Tant de fois j'ai pleuré dans son pelage!

De me dire qu'il allait mourir, très vite, sans que je puisse rien faire m'a plongée dans le désespoir. Car derrière sa bonne tête un peu piteuse de vomir sans cesse, c'est le visage de ma fille en train de mourir que je revoyais. Sans répit. Et il m'était insupportable de me dire qu'il fallait encore affronter ça: la sale mort qui cloue de chagrin.

J'ai donc redégringolé toutes les marches escaladées à grand peine  avec un fil d'espoir et je me suis retrouvée dans la peur et le découragement.

Ainsi ce que nous croyons acquis est-il sujet à remise en cause, le chemin parcouru effacé, tout à recommencer?

Le ciel gris et la pluie se sont mis de la partie, creusant davantage encore la solitude que j'éprouve.

 Pourtant, je m'entoure: je vais vers les autres: mes enfants, mes petits-enfants, mes amies, celle très chère fragilisée en ce moment par ce maudit crabe qu'elle combat avec un courage que j'admire et qui me fait honte à la fois: moi, je pleure encore: sur ma fille, sur mon chien- qui va beaucoup mieux d'ailleurs- mais je me rends compte que la peur de perdre ceux que j'aime  ne m'a pas quittée un instant et que  j'ai souvent le sentiment de vivre, parmi les autres, en "terre étrangère". Pourquoi? Suis-je marquée de manière indélébile? Oui, je le sais. Je suis en papier et la moindre averse me met en péril de déchirure. D'ailleurs, à nouveau, les maux de dos ont fait leur apparition. 

 Serais-je un jour plus forte? Pas seulement en apparence, mais en réalité? Mon enfant, ma blessure, je sais que c'est un parjure, mais que m'importe de vivre sans toi?

Par Jocastastrophe
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 11:52

"Le point de démence de quelqu'un, c'est son charme" disait Gilles Deleuze.
Lui aussi a mis fin à ses jours. Et je me demande si , finalement, on  peut  impunément aller trop loin. Mais qu'est-ce: aller trop loin? L'expérience de l'amour, celle du chagrin fou, celle de l'angoisse nous guette.

En plus de continuer à vivre pour ceux qui ont besoin de nous,il me semble que, à moins d'avoir atteint le seuil de l'intolérable- et je crois bien l'avoir frôlé quelque fois- la vie reste attrayante, ne serait-ce que par la présence de l'inattendu. C'est sur l'inattendu que je fonde désormais mon espérance. Non plus sur ce que je voudrais, ce qui me semble indispensable. Je refuse désormais de m'assujettir à une attente quelconque: tant d'énergie perdue et de déceptions probables: "Le ciel sur nos souhaits ne règle pas les choses" , le vieux Corneille avait bien raison. Mais le ciel parfois nous offre des cadeaux de hasard, de petites choses auxquelles j'essaie de faire attention désormais. J'y pense chaque fois que je vois cette amie chère qui est touchée dans son corps et doit livrer un dur combat. C'est ce que je voudrais lui dire: pense à la douceur des choses, à l'inespéré, au fortuit.  Rien ne nous est dû mais tant que nous respirons, tout nous appartient, que nous ayions l'aile blessée ou la cheville brisée, la vie est là: multiple, secrète, généreuse. Je puis l'affirmer du fond de mon chagrin qui se transforme peu à peu et vient se greffer sur mon attention à la vie. Le manque  existe, c'est certain, mais tant d'occasions me restent de rejoindre Hélène. Dans l'art puisqu'elle était artiste et que je vis entourée de ses oeuvres, dans ce qu'elle aimait et je pense à nos discussions sur Nicolas de Staël que nous adorions toutes les deux sans nous en avoir parlé d'abord.

 Je retrouve ce partage dans ton message, ma chère Anne et constate , une fois de plus, combien des liens secrets se sont noués entre nous, basés sur ton attention sans aucun doute, mais aussi sur le non-dit qui nous construit.

A propos de Nicolas de Staël, tu fais allusion au "prince foudroyé" que je vais relire, il existe naturellement une très longue bibliographie mais si tu ne l'as déjà lu, je te suggère le livre de Arno Mansar: Nicolas de Staël, l'Aventure en peinture, La Renaissance du livre, collection Signatures.

Il souvre par une citation de Nicolas de Staël:" On ne choisit pas son chemin en peinture, on marche comme on peut, avec des pieds plats ou musclés, pieds nus ou avec des souliers...Mais je marche, à vous de voir." ( lettre de janvier 1955)

Mais je marche.Mais nous marchons.

Par Jocastastrophe
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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 11:15

  

 

"Toute ma vie, j'ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m'aider à vivre, me libérer de toutes les impressions, toutes les sensations, toutes les inquiétudes auxquelles je n'ai jamais trouvé d'autre issue que la peinture."

 

 

Nicolas de Staël, 1953.

 

Deux ans après, il se donnait la mort à Antibes...

Mais sa peinture vibre, communique un peu de cet "ailleurs" qui nous appelle et  nous pousse à créer: un bouquet, un tricot, un livre. Sur le fil peut-être comme Nicolas de Staël, mais...

Réapprendre à vivre, assumant les bouffées de chagrin causé par l'absence d'Hélène et tentant sans cesse de la rejoindre en créant quelque chose, pour elle, en l'hommage d'elle, parce que c'est sans doute ce qu'elle attend de moi, sa maman. Me souvenant de ces présences amies qui, de leur longue patience, attendent mon retour authentique  ...    à la vie...

Par Jocastastrophe
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Mardi 6 juillet 2010 2 06 /07 /Juil /2010 12:53

 

Assise sur un banc, je lève les yeux sur une petite fille. Elle se tient là, juste devant moi, à me toucher. Je ne la connais pas et me demande ce qu'elle veut. Je l'embrasse et elle me rend mon baiser. Je l'embrasse à nouveau, elle m'embrasse encore. Puis, elle me demande de frotter mon nez contre le sien. Je m'exécute . Elle rit. Elle a une haleine de petit chat. Je lui demande son prénom: Clémence. Elle s'en va, comme elle était venue et moi, j'ai reçu quelques minutes d'amour pur...

Par Jocastastrophe
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Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /Juin /2010 14:34

 

Dix jours après le douloureux anniversaire, ma chérie...

Dix jours et tout ce mois, une amorce de changement.
Est-ce d'avoir reconnu mon état dépressif et de l'avoir" pris en mains"? Je pleure  moins. J'ai  fini par comprendre que j'avais parcouru les étapes classiques d'un deuil. Je suis à l'avant - dernière étape. L'acceptation sereine viendra, comme sont venues toutes les étapes aux quelles je n'avais même pas songé. Je ne suis pas malade, je suis comme tout le monde et cela me rassure. Trois semaines de travail analytique auront aussi fait bouger les choses. Il me semble que la vie redevient plus simple: je parviens à téléphoner, je suis plus disponible, ouverte aux autres et cela me fait du bien, c'est comme si je me "reliais". La vie dans mon jardin m'intéresse: j'arrose, je plante, je sème des pavots rouges -avec retard, certes- mais quelque chose  remue en moi et essaie de sourire à la vie.

 Ne crois pas que je m'éloigne de toi, mon enfant. Je te porte en moi, nous ne faisons qu'une. Je te parle, tu m'accompagnes. Chaque matin, avant toute chose, je descends dans le jardin y choisir les fleurs qui te rendront hommage, j'allume une petite bougie et tu es là, resplendissante de beauté, ma fille.
Naturellement je ne puis échapper à la vision de toi, au bout de ta vie, le fin fil de ta respiration assistée s'amenuisant inexorablement, ni à cette image de toi, morte: gisant comme la princesse de contes auxquels tu m'as fait penser, mais glacée, d'un teint de poupée japonaise. Alors là, oui, je pleure, je pleure chaque jour. Puis tout se renverse: je te sens autour de moi, en moi et nous avançons ensemble dans la journée ou dans la nuit.

Ce qui me manque, c'est de ne plus pouvoir te toucher. T'entendre, je t'entends encore. Je peux me souvenir de ton parfum en ouvrant le flacon d'Eau d'Issey que tu as laissé  dans ta chambre. Je peux porter tes boucles d'oreilles, certains de tes vêtements. Personne ne le sait mais c'est mon talisman, mon armure.

Tous les anniversaires sont passés pour cette année, sauf le mien, le 15 août, fichu jour férié où naturellement, malgré moi je t'attendrai. Mais je vis cette trêve. Je vis.

 

Ce matin, la chatte Salomé(qui me vient de toi et m' en est encore plus précieuse) est rentrée du jardin en poussant des grognements étranges. Je lui parle et elle laisse s'échapper une toute petite souris  brune, qui se réfugie aussitôt dans mes papiers. Une porte ouverte, elle a retrouvé la liberté et ma chasseresse maladroite est venue se faire consoler d'un câlin.

 

J'ai tenu dans mes mains cette toute petite bête et j'ai l'impression que mon coeur battait aussi vite que le sien mais pour des raisons différentes: je touchais la beauté, la douceur de la vie sauvage qui est là, tout près, tandis que je me désole.

 Je ne suis pas seule.Désormais les autres prennent plus de place dans ma vie: ainsi cette amie chère qui doit se battre contre un cancer.

Je le sens: toutes mes forces se mobilisent pour l'aider: je me battrai à ses côtés, jusqu'à la mort de ce crabe qui la ronge. Je pense qu'il y a un mois, je n'aurais pas trouvé cette énergie d'accompagner les autres et je suis heureuse de m'éveiller d'un long cauchemar durant lequel tout était à distance, à part l'écriture. Je retrouve le chemin de la vie "avec".

 

 

Par Jocastastrophe
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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 14:40

Pour lutter contre l'absence d'Hélène, je dirais plutôt contre la  difficulté de ne  plus pouvoir la serrer dans mes bras, de ne plus pouvoir l'entendre, je tiens ce blog et en même temps, l'an dernier, pour tenter de rejoindre ma fille chérie qui aimait tant la culture de l'Extrême-Orient, j'ai lu tous les livres qui me revenaient d'elles et j'ai décidé d'écrire une histoire POUR ELLE.

Une histoire qui se passerait là-bas.
Le livre existe; il sera publié en janvier 2010. Et dans un premier temps, ma joie d'offrir cela, cette autre façon de l'aimer en somme,a illuminé ma vie .

Puis, peu à peu, tout a sombré, alors que ce livre existera - pour elle - et pour ceux que j'aime et je n'y comprenais plus rien.

Il a fallu cette consultation et les jours qui l'ont suivie pour que je comprenne: j'ai écrit ce livre pour me ramener Hélène. Et il ne l'a pas fait revenir...

J'ai compris aussi que des questions de fierté personnelle, de vanité? ne "tenaient" pas face au chagrin. Je ne deviendrais pas une autre, plus forte. Le chemin continue. Il n'a pas changé.

Mais ce qui est possible encore, c'est d'écrire, Hélène penchée sur mon épaule comme je la sens en ce moment, un deuxième livre. Pour inscrire  au travers d'une histoire qui n'a rien à voir avec ce que je traverse: l'amour.

 

Merci, merci à vous, mes anges de la toile, vous qui souffrez du même mal que le mien, vous qui vous en attristez, vous qui me rappelez la priorité de la vie. Ce livre auquel je travaille sera AUSSI pour vous.

A bientôt. Faites-moi signe si vous en avez le temps; je l'avoue, j'ai besoin de vous.
Jocaste

Par Jocastastrophe
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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 14:14

 

 Oui, il y a des anges sur la toile. Hier, j'ai entendu le doux battement d'ailes d'un ange venu du Sud. Et mon coeur s'est mis à battre plus vite. Et je me suis arrachée à ce silence qui plombait toutes mes journées depuis la fin du mois de mars.

Voici le premier jour de juin. J'ai ouvert la fenêtre pour que,entre les chants d'oiseaux et moi, il n'y ait pas d'obstacle. Je pense à mes amis de la toile qui veillent et qui se sont inquiétés. Pardon.Je n'avais plus de forces, je me sentais me défaire de toutes parts, je ne parvenais plus à écrire, à lire, à parler sans fondre en larmes. C'était un sombre désespoir au quel je ne parvenais pas à m'arracher. Sans comprendre pourquoi il était là, ni d'où il m'était venu. Une amie m'a soutenue par SMS et supporté ,comme toi, ma chère Anne, comme vous, mes bien chères, comme mes proches cet effondrement soudain. Seuls les petits -enfants ne me voyaient pas pleurer, mais pour les autres. ..J'ai honte. J'avais honte.Il y a 8 jours, je me suis levée très tôt et ai appelé mon ami le psychiatre qui m'a tant soutenue pendant les tempêtes conjugales et l' Alzheimer de maman. Nous ne nous étions plus parlé depuis presque deux ans, nous nous sommes rencontrés le soir- même. En sortant de la consultation,j'ai revu les arbres dans la rue, un chat blotti contre une fenêtre et une jeune femme qui sortait d'une consultation, comme moi; le monde avait quitté le contour flou des larmes. Il allait falloir combattre, à nouveau, sortir des pensées négatives et des appels de mort, m'accrocher à une pensée que je n'avais jamais eue et qui m'aurait pourtant aidée à comprendre ce qui arrivait et à empêcher cette pieuvre de m'enserrer dans ses tentacules: je m'étais enferrée dans une pensée magique.

 

 

Par Jocastastrophe
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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /Mai /2010 20:21

SOS

Jocaste

Par Jocastastrophe
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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /Mars /2010 19:32
La lumière était magnifique, ce matin.
En descendant en ville pour un cours, j'ai vu un homme qui frappait son chien; j'ai klaxonné, ils ont levé la tête tous les deux et la tristesse m'a saisie - tu m'as manqué, ma chérie, de manière fulgurante. J'ai continué mon chemin mais quelque chose en moi s'était arrêté, de nouveau. L'effort de vivre et d'avancer m'a semblé si lourd, tout à coup.
J'essaie de rester au service de la vie: ta soeur, ton frère, leurs enfants en bénéficient, je crois mais toujours, à n'importe quel moment la"bête" me saute au visage: quelque chose en moi s'est définitivement pétrifié, est mort en même temps que toi, mon enfant. Je suis en partie morte avec toi. En partie, puisque je vis, puisque je n'ai pas le courage de tout lâcher, d'abandonner les autres.Pas le courage de  causer leurs larmes. Pas le droit.Je ne me l'accorderai jamais mais parfois, la tentation est forte.
Avec toi, j'ai tout appris, Hélène: la première grossesse, le premier accouchement, le premier amour inaltérable. C'est de lui que je souffre à présent. Oh, non pas de t'aimer, de t'aimer, de t'aimer, mais de ne plus te voir, de ne plus te serrer dans mes bras. Ta voix, je l'entends encore, je m'exerce à l'écouter pour ne jamais l'oublier. Je t'entends me dire"maman" d'un ton mi amusé- mi scandalisé. Et je voudrais tant m'accrocher au fil de cette voix:qu'elle me conduise là où tu es, mon enfant.
 Que la vie est cruelle! Ce printemps superbe d'où tu es absente me laisse K.O . Sans doute ne sera-t-il pas encore celui de ma renaissance. Comment faire? J'ai l'impression de vivre à l'intérieur d'une larve: tout me parvient, j'agis mais je suis emprisonnée: je ne parviens pas à sortir du couloir de la mort où je t'ai accompagnée.(Et pourtant, je mesure la grâce qui m'a été donnée d'être là, de te caresser, de te parler: pensant au jour de ta naissance et te regardant, si paisible, si belle. J'aurais voulu te mettre debout et prendre ta place sur ce lit d'hôpital et je ne l'ai pas fait, quelque chose en moi savait, acceptait ce que maintenant j'ai tant de mal à accepter. Comment? Pourquoi?
Presque deux ans. Je te cherche partout et en même temps, je te berce en moi, je cherche tous les moyens de te garder  une présence vivante. Demain, je cueillerai pour toi une brassée de jonquilles: elles tremblent au fond du jardin. Demain, je me pencherai sur la mare pour voir si, par hasard, les grenouilles ne sont pas rentrées.
Demain, tu m'aideras à me lever, à faire face; tu le feras, mon amour , parce que mon âme est marquée du matricule que tu y as inscrit en nous quittant:16 06 2008: Bloom's Day, le jour des pérégrinations d'Ulysse de James Joyce que tu aimais tant. C'est la première fois que je fais le lien. Là où tu es, ma chérie, tu dois sourire.
Souris-moi, mon enfant, montre-moi ton merveilleux sourire...
Par Jocastastrophe
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Qui?

Femme à mes heures, maman, mamy, professeur, jardinière, pas tellement cuisinière, pilier de cinéma, tête de linotte, insomniaque les nuits de peine lune, curieuse, boudeuse - pas souvent - folle de musique baroque et de tango, possède un seul disque de jazz  offert par Oedipechéri - tiens, tiens, que j'écoute en boucle chaque fois que je conduis ma voiture ou que je me lance dans mes grands rangements: ma vie est si remplie, je veux vivre tant de choses que c'est le Bronx, régulièrement, dans une pièce de la maison.
Devinez laquelle?
L'enregistrement de jazz, c'est la musique originale du film de Louis Malle "Ascenseur pour l'échafaud": du tout grand Miles Davis.

La phrase

"S'éveiller à l'aube, et aussi s'éveiller la nuit, c'est toujours émouvant."
                                    Sei Shônagon, Notes de chevet

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